LE PETIT ELFE FERME-L’ŒIL
DE FLORENT SCHMITT

Bru Zane Classical Radio diffuse dimanche 7 janvier à 21h Le petit elfe Ferme-l’Œil (1912-23), ballet de Florent Schmitt (1870-1958).

Paroles d’après le conte d’Andersen
Création : le 1er décembre 1923 aux Concerts Colonne, à Paris

ORCHESTRE NATIONAL DE LORRAINE
Jacques Mercier direction
Henri Demarquette violoncelle
Aline Martin mezzo-soprano

Il semble paradoxal que l’auteur de grandes fresques orientales, érotiques, sanglantes et barbares telles que Salomé, Salammbô, Antoine et Cléopâtre et Oriane ait cédé à la fascination pour l’univers féérique des enfants, jusqu’à l’enrichir d’une contribution aussi parfaite que la musique que lui inspira le conte d’Andersen Une Semaine du petit elfe Ferme-l’Œil. L’elfe dont il y est question est la version nordique de notre marchand de sable : se glissant chaque soir près des enfants, il les endort et leur raconte de belles histoires, qui peuplent leurs rêves. L’étroite amitié avec Ravel a pu jouer ; c’est au moment où ce dernier termine d’orchestrer les cinq pièces de Ma Mère l’Oye (à l’origine pour piano à quatre mains) que Schmitt compose une suite pour piano à quatre mains inspirée de ce conte d’Andersen et sous-titrée Les Songes de Hialmar (1912). Ces sept morceaux sont également l’occasion de raconter de belles histoires en musique (et notamment des histoires de souris) à son « Raton » — surnom donné par le musicien à son fils Jean, alors âgé de six ans… C’est au cours de l’été 1923 qu’il les orchestra, leur ajoutant des préludes et des interludes considérables. La nouvelle partition chorégraphique affronta la rampe avec un grand succès à l’Opéra-Comique, sous la baguette d’Albert Wolff, avec Sonia Pavloff et Mona Païva en tête de la distribution.

Pour un tempérament animé d’une irrépressible joie de vivre tel que Schmitt, la danse revêt la signification d’un symbole dionysiaque, et en dehors du Petit Elfe, deux de ses plus belles partitions orchestrales sont nées d’un projet chorégraphique : La Tragédie de Salomé et Oriane et le prince d’amour. Comme Ravel (Daphnis), Dukas (La Péri) et Stravinski (Le Sacre du printemps), il est l’un des principaux contributeurs à un genre particulièrement florissant à l’époque de l’Art nouveau : le ballet symphonique. Ce genre mettant au service de la danse une extrême richesse de l’orchestre et de l’écriture s’inscrit dans la filiation directe de la musique russe du XIXe siècle.

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes
d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. »
Gérard de Nerval, Aurélia